Interview croisée de Xavier BOURE et Albert KOSKI sur le projet KCP Arts

Le directeur artistique historique et le fondateur de KCP racontent leur amitié et la genèse du projet KCP Arts.

La fin des concerts KCP n’a donc pas signé la fin de votre collaboration professionnelle ?
Xavier Bouré : Les concerts se sont arrêtés en 1989. Albert Koski m’a ensuite demandé de concevoir quelques affiches pour le cinéma – notamment celle de « Décalage horaire », un film réalisé par Danièle Thompson. Nous avons toujours travaillé en étroite collaboration avec Albert ; il était donc naturel que nous ne perdions pas le lien une fois les concerts terminés.

« Xavier a un regard aiguisé, c’est un excellent graphiste. Moi j’ai accompagné les plus grands photographes - son œil et le mien se complètent beaucoup. »

Albert KOSKI

Comment l’idée KCP Arts est-elle née ?
Xavier Bouré : En parallèle de ce projet, j’ai travaillé avec un photographe à la chambre pour immortaliser les différents pass backstage que j’avais accumulés au fil de l’aventure KCP. Albert a trouvé le visuel génial, et celui-ci est rapidement devenu l’emblème des concerts KCP. Je crois que ça a été un des moments-clés de la genèse du projet.

Albert Koski : J’ai toujours su que j’allais faire quelque chose avec ces affiches, mais je ne savais pas exactement quoi. Xavier faisait pas mal d’expérimentations de son côté – une de mes toiles favorites, le Clapton, était d’ailleurs originellement chez lui. Un jour, alors que j’étais encore galeriste, il est arrivé à un vernissage avec un tableau de 2 mètres de haut représentant un ticket des Stones agrandi. Quand j’ai vu ça, je me suis écrié : « C’est extraordinaire ! » Ça l’était.

« Sur le plan artistique, Xavier et moi avons toujours été sur la même longueur d’onde. »

Albert KOSKI

Xavier Bouré : Oui, je crois que quand Albert a vu ça sur toile, il a eu une autre vision des choses. C’est là qu’il a compris la puissance de shooter quelque chose de très petit en très haute déf’ – pour avoir un grain incroyable.

« Grâce aux reproductions à la chambre, tu peux voir les poils du ticket à l’endroit où il a été déchiré. Ça défonce tellement ! »

Xavier BOURE

Albert Koski : J’ai regardé l’œuvre en détail, et c’était super intéressant. On s’est alors dit qu’il fallait généraliser ce geste artistique à l’ensemble des affiches et tickets de concert. On a travaillé ensemble dessus pendant quinze ans – en faisant des essais, en jetant des choses, en en gardant d’autres. C’était beaucoup de travail.

Ces affiches sont-elles des œuvres d’art, ou plutôt des objets fétiches – s’inscrivant dans la nostalgie d’une époque révolue ?
Xavier Bouré : Pour moi c’est un truc fétiche total. Mais l’œuvre d’art résulte aussi de la façon dont elle est fabriquée. Ça fait des années qu’on travaille sur ce projet, afin de créer des pièces de grande qualité, avec un degré de précision et de détail très important. C’est donc sûrement mi-chemin entre les deux.

Albert Koski : Les affiches et les œuvres originales sont deux choses différentes. Les premières relèvent peut-être davantage de l’artefact – bien que la qualité du papier leur confère une très belle présence. Les secondes sont de véritables œuvres d’art à mes yeux. Elles sont uniques, et réalisées en collaboration avec différents artistes.

Xavier Bouré : Oui complètement. Le Bob Marley en mosaïque réalisé par Florence Olmi ou les résines créées par Boris Demczuk s’apparentent d’ailleurs à de véritables sculptures. Ces œuvres se dérobent également à toute forme de reproductibilité, puisque chacune est unique. C’est là un critère qui les distingue d’un simple objet design.