Le Pavillon de Paris – Fief de la jeunesse rock des 70’s

 

Dans les années 70, Albert Koski transforme les halles des anciens abattoirs de la Villette en l’une des salles de concerts les plus prisées de la capitale. Baptisé « Les Abattoirs » par les fidèles du lieu, Le Pavillon de Paris accueille tour à tour David Bowie, Alice Cooper, AC/DC, Pink Floyd, Lou Reed,… Toutes les vedettes sacrées du rock français et international s’entichent de ce hangar aux allures de cathédrale New Age, orienté vers la production de nouvelles formes d’expression musicale.

Le géant parisien
Tous les mois, des rhapsodies furibondes s’élèvent dans ce nouveau temple du rock n’roll, pouvant accueillir près de 10 000 personnes. Susceptible de rivaliser avec les scènes londoniennes et new-yorkaises, le Pavillon de Paris fait figure d’exception dans le paysage musical parisien : l’Olympia et le Palais des sports – qui avaient pignon sur rue à l’époque – ne comptaient pas plus de 4 000 sièges. C’est d’ailleurs la raréfaction et l’exiguïté des salles de concerts existantes qui a poussé Albert Koski à investir les lieux en septembre 1974 : « Il a entièrement créé la production de concerts rocks en France à une époque où il n’y avait pas de salle adaptée à la foule que drainaient ces messes païennes de la jeunesse ! », livrait encore récemment le journaliste Guillaume Durand.

L’ère de la liberté
Portée par le souffle des guitares électriques, la foule homogène qui assiste aux concerts reflète insciemment le teen spirit des années 70 : radicalement universel – désinvolte et excessif à la fois. Il n’était d’ailleurs pas rare, confiait Albert Koski, de voir des soutiens-gorge fuser dans le décor des Abattoirs pour atterrir on stage : « L’ordre était devenu notre ennemi, on voulait être libres, pour des raisons différentes. Aujourd’hui il n’y a plus de rock, même si je sais que ça va revenir, car le vinyle revient. Mais je sais aussi que je ne pourrai pas refaire une soirée comme dans les années 60, 70, 80 ou 90. C’est impossible, on ne peut jamais revenir en arrière. »

Albums live et concerts filmés
L’énergie tumultueuse, constamment renouvelée du Pavillon de Paris est un terreau propice à l’enregistrement d’albums live. À l’instar d’autres grands noms du rock, les Stones se produisent devant 12 000 personnes le 4 juin 1976 à l’occasion d’un concert filmé par Antenne 2. « Happy », « Starfucker » ou encore « Hot Stuff » sont autant de tubes issus de cette soirée. La même année, Santana y enregistre quelques morceaux de « Moon Flower » – de même qu’AC/DC pour leur « Live at Pavillon, Paris ». Le 25 juin 1978, l’atmosphère y est particulièrement allègre. Les acclamations des fans se perdent dans les bouffés soufreuses émanant de la scène : Bob Marley, apôtre du reggae, enflamme le public. Comme ultime témoignage de ce show : l’album « Babylon By Bus », enregistré intégralement au Pavillon.

Le concert mythique de Neil Young
Quand on interroge Albert Koski sur le concert des Abattoirs qui l’a le plus ému, il répond du tac au tac, avec une émotion et une sensibilité non feintes : « Neil Young, en 1976 ». Intarissable, le producteur raconte : « À la fin du concert, nous nous sommes installés, avec Neil, dans une suite de l’hôtel George V. Sans attendre, j’ai appelé le directeur de production – Jean Gemain – et lui ai demandé : “ Alors Jean, tout va bien ? Ils sont partis ? ” Il m’a répondu : “ Albert, ils sont tous là, et ils applaudissent depuis 25 minutes ! ” J’étais stupéfait ! Il m’a fait écouter les ovations délirantes de la foule par le biais d’un téléphone fixe. Je me suis alors tourné vers Neil, et lui ai soufflé : “ Wow, Neil, what do we do ? Do you want to go back ?! ” Il m’a répondu : “ If I want to go back ? Let’s go man ! ” Il était si content, c’était fou ! Le concert a duré une heure et demie de plus – c’était apocalyptique ! C’était l’un des plus grands concerts auxquels j’ai assisté, et Neil s’en souvient encore, il avait des frissons partout ! »